
Folium : un traitement de texte conçu pour les très gros documents
- Charles Fleury
- Desktop
- 14 août 2026
Sommaire
Le besoin
Le besoin est né d’un document Word rédigé par un proche. Avec environ 200 pages et 495 images, ce fichier atteignait les limites d’un outil qui n’avait pas été pensé pour manipuler confortablement un tel volume de contenu.
Dans un traitement de texte classique, une modification effectuée au début d’un document peut décaler toutes les pages suivantes. Ajouter une simple ligne oblige alors le logiciel à recalculer une grande partie de la mise en page. À cette échelle, chaque correction devient coûteuse et ralentit considérablement le travail.
J’ai donc décidé de créer un logiciel de traitement de texte simplifié, recentré sur les fonctions essentielles à ce document : le texte, son alignement et les images. Folium devait accorder davantage d’importance à la légèreté, à la maîtrise de la mise en page et aux performances qu’à l’accumulation de fonctionnalités.
L’hypothèse
Mon hypothèse était qu’un document très volumineux resterait fluide si chaque page devenait une unité autonome. Dans Folium, une page correspond à un fichier Markdown étendu indépendant. Ajouter une ligne sur une page ne décale donc pas automatiquement toutes les suivantes : les dépassements sont gérés manuellement, uniquement là où ils se produisent.
Ce choix réduit fortement le travail nécessaire lors d’une modification située au début du document. Il rend également la mise en page plus prévisible, puisque les pages déjà stabilisées ne sont pas recalculées à chaque changement.
Pour limiter l’utilisation de la mémoire, seules la page consultée et les pages adjacentes sont montées. Le reste du document demeure disponible sans être rendu en permanence, ce qui permet à l’interface de rester fluide même avec plusieurs centaines de pages et d’images.
La réalisation
La conception de Folium a demandé environ une journée avec l’aide de Claude Design. Cette première phase a permis de définir une interface volontairement resserrée autour de l’édition, de la navigation et de la mise en page.
Chaque page possède un marque-page modifiable dont la fonction est volontairement simple : permettre à l’utilisateur de nommer ses repères et de retrouver rapidement une partie précise du document. Le modèle de données conserve parallèlement chaque page dans son propre fichier Markdown étendu.
Folium peut importer un document existant au format DOC ou DOCX, y compris lorsqu’il est particulièrement volumineux. Lors de l’import, son contenu est découpé et converti dans le modèle de données paginé de l’application. Un export PDF est également disponible pour les très gros documents afin de figer leur affichage avant une éventuelle impression.
L’application fonctionne sous Linux et Windows. Sa stack réunit ReactJS, Tauri 2, Rust et Electron, le tout distribué sous la forme d’un exécutable autonome.
La phase de développement avec Claude Code a duré environ cinq jours et consommé près de quatre millions de tokens. Le travail a alterné entre l’ajout de fonctionnalités, l’amélioration des performances et plusieurs retours en arrière lorsque certaines pistes se révélaient être des impasses.
Une dernière journée a été consacrée aux tests et aux exports PDF afin de préparer l’outil à sa distribution auprès de son utilisateur.
Le résultat
Folium permet désormais de travailler sur un document massif sans que chaque modification locale entraîne une recomposition de l’ensemble. L’autonomie des pages évite les décalages en cascade, tandis que le montage limité aux pages voisines réduit la consommation de mémoire et maintient la fluidité de l’interface.
L’utilisateur dispose des fonctions nécessaires à son usage : éditer et aligner du texte, intégrer des images, organiser ses repères, importer un document Word existant et produire un PDF stable pour l’impression.
En environ sept jours de conception, de développement et de tests, le document à l’origine du besoin a ainsi conduit à un outil desktop spécialisé, préparé pour être utilisé sur Linux comme sur Windows.
Les limites et les enseignements
La gestion manuelle des dépassements constitue le principal compromis de Folium. Elle demande à l’utilisateur de décider comment répartir un contenu devenu trop long, mais évite en échange qu’une modification locale ne perturbe silencieusement des centaines de pages déjà mises en forme.
Le format Markdown étendu n’a pas pour seule vocation de produire un PDF. Il fournit un modèle intermédiaire susceptible d’accueillir de nouveaux exports. Folium pourrait, par exemple, générer un jour un format adapté à un imprimeur pour produire directement un livre. Cette évolution n’est pas prévue actuellement, mais l’architecture ne l’empêche pas.
Cette réalisation a aussi confirmé que les performances devaient guider le modèle de données dès la conception. Les phases d’optimisation et les pistes abandonnées ont représenté une part importante du développement, mais elles ont permis d’aboutir à une application adaptée au volume réel du document plutôt qu’à un simple prototype.
Conclusion
Folium transforme un document Word devenu difficile à manipuler en un ensemble de pages autonomes, légères et prévisibles. En limitant volontairement son périmètre aux besoins essentiels, l’application conserve sa fluidité tout en couvrant l’ensemble du cycle attendu : import, édition, organisation, mise en page et export PDF.
Le projet répond d’abord au besoin concret d’un proche, mais son format paginé et extensible ouvre la voie à d’autres usages liés aux documents volumineux et à leur transformation vers des formats destinés à la publication.
